Le marché de la pompe à chaleur : évolution et objectif

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Margo Benoit

Sommaire

Face à l’urgence climatique et les objectifs de décarbonation français, la pompe à chaleur (PAC) se présente comme une solution clé pour la transition énergétique. Si l’Europe soutient activement cette technologie pour décarboner le chauffage, c’est l’année 2020 qui a marqué un véritable point d’inflexion.

Contexte et enjeux

Ventes des pompes à chaleur en France en 2020

L’année 2020 a marqué une étape clé dans l’adoption des solutions de chauffage renouvelables en Europe, et plus particulièrement en France. Alors que le marché européen des pompes à chaleur (PAC) dans les 21 pays suivis par l’EHPA (European Heat Pump Association) a enregistré une croissance notable de +7,4 % par rapport à 2019, la France se démarque avec un taux plus élevé.

En France, le marché total des PAC aérothermiques a affiché une croissance impressionnante de +10,4 %, pour un total d’environ 900 070 unités vendues. Cette progression est d’autant plus significative qu’elle fait suite à une excellente année 2019, où les ventes de PAC air/eau avaient déjà explosé de +83 % par rapport à 2018.

L’accélération de 2020 a été massivement portée par le segment des PAC air/air (réversibles, servant aussi de climatisation), qui a représenté l’essentiel des ventes avec 729 680 unités écoulées, soit une augmentation de +12,8 % sur un an. Cette double fonction (chauffage et rafraîchissement) a séduit de plus en plus de foyers, notamment dans un contexte d’augmentation des températures estivales.

Aides publiques (CEE, MaPrimeRénov’…)

Le principal moteur a été le lancement de MaPrimeRénov’ (MPR) en janvier 2020. MPR a petit à petit remplacé le Crédit d’Impôt pour la Transition Énergétique (CITE) pour les ménages les plus modestes, offrant une subvention dont le montant est directement proportionnel aux revenus. Cette simplification et l’aspect immédiat du financement ont facilité la décision d’investir dans une PAC, en particulier pour remplacer les chaudières au fioul, très polluantes.

Ce dispositif a été complété par les aides issues du dispositif des Certificats d’Économies d’Énergie (CEE), en particulier le mécanisme du « Coup de pouce Chauffage ». Ce coup de pouce  permet aux fournisseurs d’énergie de bonifier la prime pour le remplacement d’un équipement de chauffage au fioul ou au gaz (autre qu’à condensation) par une PAC, offrant des montants pouvant être très importants, et parfois cumulables avec MPR. La synergie entre ces deux mécanismes a permis de réduire drastiquement le coût d’acquisition initial, rendant la PAC accessible à une base plus large de la population.

Au-delà de ces incitations financières axées sur le chauffage, la forte croissance du segment air/air est révélatrice d’un changement dans les priorités des ménages français. La PAC air/air est majoritairement réversible, offrant à la fois une solution de chauffage performante pour l’hiver et de climatisation pour l’été. Face à la multiplication des épisodes de canicule et à l’augmentation du temps passé au domicile (notamment en raison des confinements successifs et du télétravail), le confort thermique en été est devenu un critère d’achat prépondérant. L’installation d’une PAC air/air répond ainsi à un double besoin pratique : faire des économies de chauffage tout en s’équipant contre la chaleur estivale.

Objectif un million de PAC françaises

Un million de PAC : une ambition politique française

Si l’année 2020 a démontré le dynamisme du marché français en matière de consommation de Pompes à Chaleur (PAC), l’État a rapidement pris conscience de la nécessité de transformer cet élan en souveraineté industrielle. L’objectif de produire 1 million de PAC en France dès 2027 a été officiellement annoncé par le Président de la République, Emmanuel Macron, en septembre 2023. Ce plan a ensuite été détaillé en avril 2024 par le Ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, et le Ministre de l’Industrie, Roland Lescure, dans un plan d’action.

Le but de cette stratégie est triple et s’inscrit dans la planification écologique nationale :

  1. Décarboner la France : Il s’agit d’accélérer le remplacement de millions de chaudières fossiles pour atteindre la neutralité carbone.
  2. Affirmer la souveraineté : Réduire la dépendance aux importations et positionner la France comme le leader industriel européen de la PAC.
  3. Créer de l’emploi : Le plan vise la création de 47 000 nouveaux emplois dans la filière d’ici 2027, dont 30 000 installateurs qualifiés.

Mise en action

Pour transformer l’objectif de produire 1 million de pompes à chaleur en France dès 2027 en réalité, le gouvernement, notamment sous l’impulsion du Ministère de l’Économie et du Ministère de l’Industrie, a déployé en avril 2024 un plan d’action détaillé comprenant huit mesures clés (plan d’action d’avril 2024). L’approche est double : agir sur l’offre et sur les compétences (la formation).

L’effort principal porte sur la réindustrialisation de la filière sur le territoire, afin de doubler la capacité de production nationale :

  • Levier financier C3IV : Le gouvernement utilise le Crédit d’Impôt Investissement Industrie Verte (C3IV) pour encourager l’émergence de nouvelles usines de production de PAC et de leurs composants essentiels (compresseurs, échangeurs, etc.).
  • Innovation et R&D : Un axe spécifique aux PAC a été intégré à l’appel à projets DEMO – TASE de France 2030, visant à stimuler l’innovation et à relocaliser la maîtrise des technologies aux plus hauts standards écologiques.

L’appel à projets DEMO – TASE est lancé dans le cadre de la stratégie d’accélération “Technologies Avancées des Systèmes Energétiques” du plan d’investissement France 2030. Les candidatures à cet appel à projets ont été fermées le 15 septembre 2024.

L’atteinte de l’objectif repose également sur la qualité de l’installation et la professionnalisation du secteur :

  • Emploi et formation : Le plan prévoit la création de 47 000 nouveaux emplois d’ici 2027, dont 30 000 installateurs. L’État vise à garantir des installations de haute qualité par des efforts de reconversion professionnelle et de formation.
  • Confiance du citoyen : Le plan prévoit également d’améliorer la confiance des consommateurs dans les produits français en améliorant la connaissance sur les performances réelles des PAC.

Ralentissement du marché

Chute des ventes en 2023 – début 2024

L’année 2023 a été marquée par un ralentissement, suivi d’une chute significative au début de 2024, en France comme en Europe.

Les données préliminaires de l’Association européenne des Pompes à Chaleur (EHPA) indiquent une baisse globale des ventes de 23 % dans 13 pays européens en 2024. La France n’a pas été épargnée :

  • Ventes totales : Dans l’Hexagone, le marché a décliné, passant de 720 076 unités vendues en 2023 à 546 907 unités en 2024, soit une baisse de 24 %.
  • Segment Air/Eau : Les modèles les plus touchés ont été les PAC air/eau, dont les ventes ont chuté de -14 % en 2023 et accusent un nouveau repli drastique de -40,4 % en 2024, selon le syndicat professionnel Uniclima. Même le segment air/air a connu une baisse de 15 % au premier semestre de 2024.

On observe une baisse de 40% pour les PAC Air/Eau en 2024 et une baisse de 15% des PAC Air/Air sur le premier semestre de la première année par rapport à 2023

Raisons économique de cette chute

Le ralentissement du marché des pompes à chaleur en 2023 et la chute des ventes en 2024 résultent d’une combinaison complexe de facteurs économiques et d’incertitudes politiques qui ont entaché la confiance des consommateurs et des professionnels.

Le facteur le plus fréquemment cité est l’instabilité des dispositifs de soutien public, notamment autour de MaPrimeRénov’ (MPR) :

  • Changement de paradigme : Le gouvernement a cherché à privilégier les rénovations globales plutôt que les actions isolées, ce qui a entraîné une confusion parmi les particuliers.
  • Volatilité des règles : Les réformes successives de MPR, y compris la suppression et la réintégration rapide de certaines aides, ont déstabilisé le marché et découragé les intentions de travaux. Par exemple, les intentions de travaux pour les PAC air/eau ont chuté de 40 à 50 % au premier semestre 2024.

Plusieurs éléments économiques ont fragilisé la proposition de valeur des PAC, notamment pour les remplacements de chaudières au gaz :

  • Baisse du prix du gaz : La baisse relative des prix du gaz a rendu les chaudières à gaz, moins chères à l’achat, plus attractives pour les ménages et a contribué à un regain des ventes de chaudières à gaz (+14,1 % en 2024).
  • Ralentissement de la construction neuve : La crise de la construction neuve a eu un impact direct sur la demande d’installations initiales de PAC, le segment neuf étant traditionnellement un moteur du marché.
  • Coût de l’électricité : Malgré les performances des PAC, la perception d’un coût de l’électricité élevé par rapport au gaz est restée un frein pour certains consommateurs.

Perspectives futures

Plan de relance

Face à la contraction brutale du marché en 2024, l’État a réagi en urgence par des ajustements ciblant les dispositifs d’aides à la rénovation énergétique. Le gouvernement a ainsi cherché à relancer la demande en s’attaquant directement aux facteurs de confusion et de blocage.

  • Réintroduction du « geste isolé » pour les passoires thermiques : L’une des mesures correctives majeures a été la révision de MaPrimeRénov’ (MPR). Initialement orientée vers la rénovation d’ampleur en 2024, le gouvernement a fait marche arrière en prolongeant jusqu’à la fin de 2025 l’accès au parcours par geste pour les maisons individuelles classées « F » et « G ».
  • Renforcement des incitations financières : Simultanément, les montants des aides pour l’acquisition de PAC ont été revus à la hausse. Les subventions MPR pour une PAC air/eau peuvent désormais atteindre jusqu’à 5 000 € pour les ménages aux revenus très modestes. Ces aides sont complétées par les CEE (Certificats d’Économies d’Énergie) dont les montants ont été bonifiés, notamment par le dispositif « Coup de pouce chauffage« .
  • Soutien industriel à long terme : Parallèlement à ces mesures de demande, le gouvernement maintient son plan d’action pour produire 1 million de PAC en France d’ici 2027, en s’appuyant sur des leviers comme le Crédit d’Impôt Investissement Industrie Verte (C3IV) pour soutenir la création d’usines et la relocalisation des composants.

Ces mesures visent à rétablir la visibilité sur les aides et à fournir une stabilité au marché, un facteur jugé indispensable par les professionnels pour restaurer la confiance des consommateurs et relancer la filière.

Conclusion

L’année 2020 fut un tournant majeur, marquant le sommet de la dynamique de la demande grâce à l’efficacité combinée des aides d’État comme MaPrimeRénov’ et le fort attrait des PAC air/air réversibles. Avec près de 900 000 unités vendues, la France s’est affirmée comme le premier marché européen, prouvant le potentiel de la décarbonation résidentielle.

Cependant, cette ascension a été interrompue par une chute brutale des ventes en 2023 et 2024, causée principalement par la complexité et l’instabilité des dispositifs d’aides et la concurrence économique du gaz. Face à cette crise, l’État a déployé un double plan d’action : la réforme urgente des aides pour simplifier l’accès au financement, et l’ambitieux objectif industriel de produire 1 million de PAC en France d’ici 2027.

Auteur de cet article

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Margo Benoit

Chargée de Communication
Passionnée par la communication, Margo met en lumière les initiatives d'ACE Énergie et vulgarise les défis de la transition écologique.